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Amyco, une champignonnière dans un poulailler [interview]

Je suis allé à la rencontre de Marion et Corentin qui ont installé leur projet de champignonnière, Amyco, dans un ancien poulailler. Ce lieu, inattendu pour la culture de champignons, s’avère en réalité très adapté.

Ils ont la particularité d’acheter une grande partie de leur substrat, un modèle qui permet de commencer à produire et à générer des bénéfices rapidement, ce dont ils avaient besoin pour supporter leurs charges fixes.

Le montage financier de leur projet est également intéressant, car ils n’ont pas eu recours aux aides agricoles classiques.

C’est aussi la première fois que je vous présente des chambres de culture fabriquées en structure bois recouvertes de bâches de serre, faciles à mettre en place et peu coûteuses.

Présentation d’Amyco

Marion et Corentin créent la champignonnière Amyco en juin 2023, après avoir mûri ce projet pendant deux ans.

L’idée a germé en 2022, pendant le confinement : ils avaient installé une petite tente dans leur appartement pour leurs premiers essais sur paille, pasteurisée “un peu à l’arrache”. Leur découverte des champignons remonte à la cueillette sauvage, initiée par un ami. Cette passion grandissante, combinée à leur goût pour la cuisine, les conduit naturellement vers la culture de champignons à domicile.

Avant de se lancer dans ce projet, Corentin travaillait en gestion d’entreprise, avec dix ans d’expérience en contrôle de gestion et en management industriel, ce qui s’avère très utile pour établir les prévisionnels de la champignonnière.

Marion, de son côté, était juriste d’entreprise pendant presque dix ans.

Tous deux effectuent un virage professionnel à 360 degrés, guidés par leur passion pour les champignons et leur volonté de s’inscrire dans un projet durable, local et respectueux de l’alimentation végétale et bio.

Une champignonnière dans un poulailler

La champignonnière est installée dans un ancien poulailler de 1 200 mètres carrés, dont Marion et Corentin louent la moitié, soit 600 mètres carrés.

Cet espace vierge leur a permis de concevoir librement l’agencement des circuits de fabrication et de réception des substrats, en tenant compte des manutentions nécessaires à la culture des champignons. L’objectif était de rendre l’outil de production le plus simple et ergonomique possible, pour préserver leur santé et faciliter le travail au quotidien.

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Initialement, le projet Amyco devait s’inscrire en plein centre de Rennes, mais tous les locaux disponibles étaient trop chers ou mal adaptés. L’ergonomie étant une priorité, ils ont choisi un grand rectangle lisse, comme recommandé lors de leur formation avec Christophe de Montmorot. La champignonnière est située à seulement dix minutes de Rennes, ce qui facilite la réception des livraisons.

Le bâtiment conserve certains éléments d’origine, comme la pente du sol en béton, qui permet à l’eau de s’écouler facilement, sans travaux de modification.

En été, la production ralentit légèrement à cause de la chaleur, tandis qu’en hiver, les pleurotes et shiitakés poussent plus lentement à des températures autour de 10–12°C.

Marion et Corentin ont commencé avec une production simple, sur substrat acheté, pour tester l’outil de production et le marché, en cultivant principalement des pleurotes et des shiitakés.

Progressivement, ils ont développé la fabrication de substrats maison. Actuellement, environ 80 % du substrat est acheté et 20 % est produit sur place. Cette méthode leur permet de maintenir une production régulière et de diversifier les variétés cultivées, comme les pleurotes jaunes en fin de saison.

Comment amyco gère la production et les substrats ?

Marion et Corentin produisent environ 200 kilos de substrats maison par semaine, tout en achetant 800 kilos supplémentaires pour compléter la production. Leur objectif est d’atteindre une tonne de substrats hebdomadaires, ce qui permet d’atteindre une production maximale d’environ une tonne de champignons frais.

L’achat de substrats permet de démarrer rapidement et d’assurer un flux régulier, tout en restant dans une production biologique.

La fabrication du substrat maison se fait avec différents éléments : copeaux de chêne récupérés auprès d’un atelier d’ébénisterie, un mélange de blé, du miscanthus bio et des tourteaux de tournesol émiettés. L’ensemble est mélangé dans une bétonnière avec de l’eau, puis transféré dans des sacs Unicorn XLS à l’aide de bacs agricoles.

Pour produire 200 kilos, quatre bétonnières sont utilisées, et le travail à deux prend environ deux heures par session. L’idée est de standardiser la méthode avant d’investir dans un mélangeur plus performant.

L’incubation est réalisée avec soin pour éviter tout problème : le pliage correct des sacs, le scellement après inoculation et le transfert direct du mycélium sont des étapes cruciales. Depuis l’acquisition d’un pasteurisateur performant, le taux de réussite en incubation est proche de 100 %, même si certains substrats plus complexes nécessitent plus de temps.

La fructification reste l’étape la plus délicate, mais la maîtrise progressive de la fabrication du substrat et des conditions de culture permet d’optimiser la production.

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Les substrats sont stockés dans une chambre froide pour permettre un roulement hebdomadaire, évitant de mettre tous les blocs en fructification simultanément.

L’atelier de fabrication sert également à préparer les commandes et à gérer les petits produits transformés, comme les tartinables de pleurotes. Ce système de stockage et d’organisation permet de rationaliser le travail et de garantir une production constante tout au long de l’année.

Les salles de fructification en ossature bois et bâche de serre

La champignonnière dispose actuellement de six salles de fructification, toutes construites en ossature bois et couvertes de bâches de serre. Chaque salle est équipée de capteurs et de panneaux de contrôle pour gérer automatiquement certains paramètres.

Pour les shiitakés, la brumisation n’est pas nécessaire ; la ventilation et la lumière naturelle suffisent à maintenir les conditions idéales.

Les substrats achetés sont disposés dans ces salles et, une fois que les primordia apparaissent, ils sont débâchés pour démarrer la fructification.

Les étagères sont modulables et permettent de manipuler facilement les blocs de substrat avec des chariots et des caisses de récolte. La surface des salles est d’environ 30 m², ce qui est adapté pour gérer les paramètres de croissance et la récolte. Avec les nouvelles étagères horticoles, la capacité de substrats par salle est passée de 1,8 à 2,5 tonnes, augmentant significativement la production.

Marion et Corentin font fructifier principalement des pleurotes gris, des shiitakés et, en fin de saison, des pleurotes jaunes et d’autres variétés expérimentales. L’orientation des salles et la lumière naturelle sont utilisées pour les champignons plus exotiques, sans lumière artificielle.

La commercialisation et la distribution

La majorité de la production est destinée aux restaurateurs, représentant environ 50 % du volume total. Le reste est distribué sur les marchés, via des AMAP, dans des épiceries bio indépendantes et auprès d’amateurs. Cette diversification permet de stabiliser la commercialisation et de répondre à une demande locale pour des produits frais et bio.

Lorsque la production dépasse les besoins immédiats, Marion et Corentin peuvent proposer des excédents aux restaurateurs ou aux AMAP par solidarité, évitant ainsi le gaspillage. Les champignons non vendus et non déshydratés sont compostés ou donnés à des collecteurs locaux, appelés “les glaneurs”.

Le financement et la structuration du projet amyco

La création d’Amyco a été financée par un prêt bancaire classique et des prêts d’honneur obtenus via des organismes locaux en Île-et-Vilaine. Aucun financement agricole traditionnel n’a été sollicité, notamment parce que Marion et Corentin ne possèdent pas de diplôme agricole et n’avaient pas l’intention de passer un BPREA. La société a été constituée en SARL, avec une répartition égale des parts.

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Les prêts ont été contractés sur des durées longues afin de réduire les mensualités et d’assurer la viabilité financière du projet dès le démarrage. L’expérience professionnelle précédente du couple, en gestion d’entreprise et en droit, a été un atout pour monter le prévisionnel et structurer l’activité.

Les perspectives et l’organisation à long terme

Le choix de l’espace et de l’aménagement a été pensé sur plusieurs années. La champignonnière est prévue pour accueillir jusqu’à huit salles de fructification identiques, ce qui laisse une marge de croissance importante. Des événements autour du vin et de producteurs locaux sont également organisés dans la champignonnière pour créer un lien avec le territoire et valoriser la production.

L’objectif à moyen terme est de maîtriser complètement la production de substrats et de mycélium maison, tout en continuant à développer la diversité des champignons cultivés et des produits transformés.

Si vous êtes intéressé par les champignons d’amyco, rendez vous sur leur site ou sur instagram, via les liens suivants.

Le site d’amyco

Instagram : https://www.instagram.com/amyco_bzh/

Retrouvez d’autres interviews de cultivateurs en suivant ce lien.

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